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Le 27 octobre prochain, Sébastien et Vincent prendront ensemble le départ de la transat Jacques Vabre au Havre. Une toute première participation pour l'un, une neuvième pour l'autre dont deux victoires en Imoca. Portrait croisé des deux skippers d'ARKEA PAPREC, à un mois du départ vers le Brésil.

C’est un duo différent. Simple. Equilibré. Sébastien Simon et Vincent Riou se sont (très) bien trouvés : Sébastien, à la tête du projet ARKÉA PAPREC, skippe et prépare son premier Vendée Globe, Vincent, lui, accompagne et construit. Leur lien devrait envoyer le tout nouveau monocoque au sommet… Décryptage des rouages intimes de deux marins aux racines bien ancrées.

Cette histoire pourrait tenir en une ligne : un cercle. Vertueux. Sa mécanique, fluide, s’avère du genre de celles qui décuplent l’énergie… Sébastien Simon et Vincent Riou, Vincent Riou et Sébastien Simon : les deux sont des pairs. Pas la peine, ici, de perdre du temps à décortiquer les égos. Chacun nourrit l’autre, s’abreuve et abreuve, transforme naturellement le gap générationnel en solide trait d’union. En cette rentrée 2019, Sébastien Simon – 29 ans, se prépare au départ du prochain Vendée Globe, son premier, prévu en novembre 2020. Vincent Riou, 47 ans, ne s’alignera pas : il a depuis l’hiver dernier choisi de changer d’amure après des années à courir le large, et a endossé la responsabilité de construire ARKEA PAPREC, le nouveau bateau de Sébastien. Les deux hommes se sont découverts il y a cinq ans. Sébastien, le jeune Sablais né en 1990, poussait alors la mythique porte du « Centre d’excellence National » de Port-La-Forêt.

Flashback. « Nous nous sommes rencontrés en 2014, lorsque je suis arrivé au Pôle Finistère Course au Large » entame Sébastien. Vincent : « En 2014, Sébastien arrive à Port-La-Forêt. Il participe à une course promotionnelle qui sélectionne un jeune skipper, lequel a alors la chance de courir plusieurs Solitaires du Figaro drivé par le Pôle. » Leurs phrases ne se télescopent pas. Les deux navigateurs s’écoutent, ça s’entend et se voit. Sébastien : « Vincent était chargé de s’occuper du nouveau qui arrive, le bizuth on l’appelle. Essayer de le faire progresser, lui donner des conseils, etc. Les occasions de passer du temps ensemble ne manquaient pas. En plus, il était basé pile en face du ponton où était amarré mon bateau : ça facilite les choses. »

Le duo s’apprivoise. La relation se construit au fur et à mesure, jusqu’au jour où Sébastien ressent l’appel du Vendée Globe. « J’ai fait les choses à l’envers : avant d’aller voir les partenaires potentiels, j’ai choisi de m’associer à une personne expérimentée, dotée des capacités techniques nécessaires à la gestion d’un tel projet. J’appréciais la façon dont Vincent gérait ses projets. Tout restait totalement humain et mesuré. » Assis à ses côtés, Vincent Riou lève le sourcil. Il prend le relais : « quand arrive, dans ma carrière, l’étape qu’est en train de vivre Sébastien, j’ai à peu près 30 ans. Ce n’était pas un autre monde, mais c’était différent. J’ai vécu le tout début des équipes organisées, avec un skipper sénior et des jeunes qui démarrent en parallèle, sans qu’il y ait de conflit d’intérêt. La rencontre avec Seb est arrivée au moment idéal : nous avons transformé une opportunité en belle aventure. 

On board ARKEA PAPREC - Défi Azimut © Martin Viezzer / Arkéa Paprec

L’aventure, justement. Qu’en reste-t-il, dans un sport qui exige désormais la maîtrise de tant de compétences ? Vincent Riou, vieux loup : « Quand on veut aller faire un tour du monde, il faut être aventurier. C’est une particularité des marins. » Sans transition, il précise la très haute technologie des bateaux, le sport devenu mécanique et d’une certaine façon comparable à la Formule 1. « Quand on navigue sur des engins très technologiques en solitaire, il faut être autonome. Nous sommes donc forcément des techniciens et des metteurs au point autant que des sportifs. » ARKÉA PAPREC est un bateau hors norme. A la barre, Sébastien sait sa puissance : « quand on est face à un concurrent qui met les deux pieds dedans, on n’a pas envie de ralentir. Il faut pourtant garder en tête que c’est un sport mécanique et qu’il ne faut pas casser. » Connaître sa machine ? Indispensable condition… Vincent : « Si tu es pied dedans le premier jour, tu ne finis jamais… Tout le problème est là. »

          Après les journées passées ensemble, ont-ils un rituel quotidien, un temps de débriefing privilégié ? Non, répondent-ils d’une même voix. Rien de figé en tous cas. Ils n’ont pas les mêmes habitudes, ne mangent pas les mêmes menus et, en mer, Vincent aime dormir au coucher du soleil tandis que Sébastien préfère le petit matin. Décidément, la vie est bien faite. Tous deux courront ensemble la Transat Jacques Vabre, puis Sébastien sera définitivement seul à bord de son Imoca. A bien y réfléchir, cette histoire ne tient pas en une ligne, non. Elle tient en un mot : h u m a i n.