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Pas de doute, ARKEA PAPREC est bien entré dans les mers du sud. Les conditions de vent et de mer ont forci ces dernières heures. Après les calmes de l’anticyclone, Sébastien progresse à bonne vitesse au portant. Il a parcouru 461 milles en 24 heures et affiche 20 nœuds de moyenne sur quatre heures au classement de 12h00. Comme bon nombre de ses adversaires, Sébastien va découvrir ce qu’il est venu chercher : une navigation dans des endroits hostiles avec des phénomènes de vent et de houle que l’on ne trouve nulle part ailleurs. A la 8e place, il mène tambour battant sa route vers Bonne Espérance, premier des trois caps qui marquent ce tour du monde.

Le regroupement des poursuivants opère et Sébastien pointe l’étrave de son Imoca un peu plus près des premiers. Il n’est plus qu’à 78 milles de PRB actuellement quatrième. Si Charlie Dalin caracole en tête avec désormais 296 milles sur son premier poursuivant Thomas Ruyant, les heures à venir vont être rudes pour tous les solitaires de cette première partie de flotte et ils vont devoir faire preuve de prudence. La dépression, qui circule d’ouest en est dans cette zone du globe, va passer sur l’ensemble de ces bateaux. Sébastien devra gérer le passage d’un front virulent demain et récupérer à la suite un vent au sud-ouest plus instable ; l’occasion de mettre en pratique les exercices et projections travaillés jusqu’alors à terre avant le départ avec les météorologues. Pour la suite, il semble qu’ARKEA PAPREC soit plutôt bien positionné notamment par rapport à l’annonce faite par la direction de course qui a choisi de remonter la Zone d’Exclusion Antarctique* au niveau des iles Crozet. Le week-end s’annonce bien animé à bord de l’Imoca rouge et bleu et passionnant à suivre depuis la terre ! 

 

Sébastien Simon ce matin

« C’est un peu bourrin là ! On se fait pas mal secouer ! Il y a de la mer et j’ai déjà 3 ris** dans la grand-voile. Je ne m’attendais pas à autant de mer. Je pense que ça doit bien envoyer pour Sam (Davis) et Louis (Burton) qui sont dans le sud. J’essaie de préserver le matériel mais ne pas perdre trop de temps non plus car la suite de la course se joue beaucoup ici. 

Il fait encore très beau, les nuages arrivent derrière moi. Le temps va se couvrir dans les prochaines heures. Ce matin, il faisait très frais mais en pleine journée, les températures sont encore agréables. Il y a beaucoup d’eau sur le pont et ça mouille ! 

Je suis sous petit gennaker. Le vent ne devrait pas monter plus et je vais évoluer comme ça quasiment jusqu’au front. Je vais empanner demain en milieu de journée. C’est la bonne nouvelle du jour car d’habitude, les manœuvres tombent toujours en pleine nuit !

Je n’ai pas très bien dormi cette nuit ni ce matin. Il faut se réhabituer à des conditions où le bateau avance vite. Ça va être comme ça, au moins, jusqu’au 2 ou 3 décembre, après les îles Kerguelen. Nous allons avoir un enchaînement de fronts. 

La direction de course a modifié la ZEA* hier pour la remonter juste avant les Kerguelen. Ça pourrait m’avantager étant donné mon positionnement. Ceux du sud vont devoir faire plusieurs manœuvres pour éviter cette zone. Moi, je ne suis ni trop au sud ni trop au nord. J’ai clairement un coup à jouer. Je vais rester prudent et trouver le bon compromis entre la vitesse et la préservation du matériel. »

 

* La Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA) est composée de 72 points GPS, séparés de 5° et qui constituent une couronne virtuelle sous laquelle les skippers ne peuvent pas descendre, pour raisons de sécurité. La flotte va aborder cette zone d’interdiction à la navigation un peu avant de franchir la longitude du Cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud). Elle se dessinera dans leur sud sur la route vers le Cap Leeuwin (Australie), puis vers le Cap Horn (Chili).

** La prise de ris consiste à réduire la surface de la grand-voile en la repliant en partie sur la bôme : l'objectif est d'adapter la surface de la voilure à la force du vent lorsque celui-ci forcit.